Chapitre 2 : Établissement de liens entre les collectivités

Parmi les facteurs les plus importants dont il faut tenir compte au moment de mettre en œuvre un service de TGV, on compte l’identité des utilisateurs finaux et la façon dont leurs collectivités en bénéficieront. Au cours de son mandat, le conseiller spécial a rencontré les intervenants municipaux et provinciaux et les collectivités autochtones établies dans le couloir Toronto-Windsor afin de discuter des possibilités et des défis liés au service de TGV. Dans l’ensemble, l’enthousiasme et l’intérêt à l’égard du projet sont élevés; toutefois, cette consultation des collectivités a permis de faire ressortir un certain nombre de considérations importantes qu’il faut examiner au moment de mettre en place un service de TGV.

Mobilisation communautaire

La consultation des collectivités des Premières Nations et des Métis ainsi que des intervenants des secteurs public et privé constituait un élément important du mandat du conseiller spécial. Pendant son mandat, M. Collenette a tenu des séances de consultation municipale dans chacune des quatre principales collectivités situées à proximité d’une gare (Toronto, Kitchener-Waterloo, London et Windsor) et auprès des collectivités autochtones établies dans le couloir. Des rencontres officieuses et individuelles ont également eu lieu avec des intervenants tout au long du mandat du conseiller spécial. Au cours de la dernière année, bon nombre de personnes, d’organismes et de collectivités ont sollicité une rencontre auprès du conseiller spécial afin d’aborder le dossier du TGV. Bien que tous aient reçu une réponse, l’échéancier serré des travaux menés dans le cadre de l’étude n’a pas permis d’accepter chaque demande de rencontre. Toutefois, à mesure que le projet de TGV progressera, il y aura d’autres possibilités de consultation pour les parties intéressées.

Le présent chapitre résume les principaux commentaires reçus dans le cadre des séances de consultation et comprend des recommandations fondées sur ces commentaires à l’intention du gouvernement.

Séances de consultation – secteurs public et privé

Les séances de consultation avaient pour objet d’examiner quatre thèmes importants :

  • les possibilités liées au TGV;
  • les principales considérations;
  • les projets connexes dont le ministère devrait être mis au courant;
  • les consultations futures dans le cadre de la progression du projet.

On a invité les intervenants et les collectivités autochtones à participer à des séances à Toronto, Kitchener-Waterloo, London et Windsor en février 2016. Chaque séance comprenait une présentation sur le projet de TGV par le conseiller spécial et les fonctionnaires du MTO, suivie de discussions en groupes.

Les séances de consultation ont attiré beaucoup de monde, celles de Kitchener-Waterloo et de London ayant affiché le plus grand nombre de participants. Parmi les participants figuraient des représentants élus et (ou) des représentants du personnel de tous les paliers de gouvernement ainsi que des représentants de chambres de commerce, d’établissements universitaires et de groupes sectoriels régionaux importants.

Les thèmes suivants sont ressortis de façon régulière au cours des quatre séances de consultation :

Possibilités de développement économique

Chaque collectivité s’est dite d’avis que le TGV a un potentiel de transformation, c’est-à-dire qu’il peut stimuler la croissance économique, accroître la mobilité de la main-d’œuvre, attirer les gens talentueux, résoudre les problèmes de congestion routière et améliorer la qualité de vie de toutes les collectivités établies le long du couloir proposé.

Les participants à la séance de Toronto ont déclaré que l’établissement de liens avec les collectivités situées à l’ouest de l’aéroport constituait un facteur économique important. Bien que l’aéroport Pearson offre déjà une liaison vers le centre-ville grâce à l’UP Express, l’aéroport et les zones commerciales et industrielles avoisinantes, parfois appelées « zones d’emploi », demeurent relativement déconnectés des autres projets de transport en commun régionaux et offrent peu de liens avec le Sud-Ouest de l’Ontario. Les participants ont souligné qu’il était probable qu’une liaison directe entre l’aéroport et le TGV augmenterait l’utilisation du service en reliant des centres d’emploi importants comme celui de Kitchener-Waterloo à l’aéroport Pearson.

Plus les séances se déplaçaient vers l’ouest, plus il y avait d’intérêt envers les possibilités de développement économique liées au TGV. À la séance de consultation de Kitchener, tous ont convenu que l’une des principales difficultés auxquelles font face les entreprises de cette région est l’attraction de gens talentueux, particulièrement dans le secteur de la haute technologie. Une liaison TGV pourrait rendre la vie dans la région de Kitchener-Waterloo plus attrayante pour les résidants qui font la navette vers Toronto et accroîtrait en outre l’intérêt envers le « navettage inversé », offrant aux employés travaillant à Kitchener-Waterloo l’option de vivre à Toronto. Les représentants du secteur de la technologie ont indiqué que les candidats hautement qualifiés, particulièrement les plus jeunes, ont tendance à préférer vivre dans les grands centres urbains comme Toronto et que le navettage inversé ferait en sorte qu’il soit plus facile pour eux de le faire.

Les participants à la séance de London ont également parlé de l’éventualité que le TGV créent des possibilités d’attraction de gens talentueux pour la ville, semblables à celles qui sont décrites ci-dessus pour Kitchener-Waterloo. Ils ont indiqué que, même si des milliers d’étudiants fréquentent l’Université Western Ontario ou l’un des collèges de la ville, ils sont moins nombreux à vouloir s’établir à London après l’obtention de leur diplôme. Selon les participants, cela pourrait être dû notamment au manque de possibilités d’emploi correspondant aux connaissances et aux compétences des diplômés. Les participants à la séance ont indiqué que la perte de gens talentueux se fait souvent au profit de Toronto ou de Kitchener-Waterloo, bien qu’il soit difficile de quantifier cette perte.

Certains participants à la séance de London se sont également dits d’avis que le service de TGV pourrait faire en sorte que cette ville devienne un centre d’entretien du matériel roulant du TGV étant donné que la région possède déjà une riche expérience en matière de fabrication de locomotives de chemin de fer rapide. Certains ont également indiqué que l’idée d’établir les centres d’exploitation et d’entretien du TGV à London était défendable, la ville étant située au point médian du couloir.

À la séance de Windsor, le TGV a été perçu comme étant potentiellement transformateur des points de vue de la relance du secteur de la fabrication et de la création de nouvelles possibilités d’emploi. La possibilité qu’offre le TGV de rétablir les liaisons transfrontalières avec les États-Unis via le tunnel existant a également généré un enthousiasme considérable. On a fait écho à cette idée durant une discussion avec des représentants du Département des transports du Michigan, du Council of the Great Lakes Region et d’Amtrak, l’exploitant américain de services ferroviaires et d’autocars pour le transport de voyageurs.

Bon nombre de personnes présentes aux diverses séances ont également souligné que le TGV pourrait faire en sorte que les déplacements en train offrent une expérience agréable aux navetteurs, optimisant les niveaux de productivité en transformant les trains en espaces conviviaux et efficaces pour le travail, qui offrent un accès Wi-Fi dans des voitures silencieuses désignées et des services de rafraîchissement de qualité. Les usagers du TGV apprécieraient leurs déplacements, les considérant comme offrant des possibilités de lecture, de réflexion et de travail, contrairement au « temps perdu » durant les longs déplacements en voiture.

Coordination et intégration des services de transport et de transport en commun

Le deuxième thème principal qui est ressorti des séances de consultation était le besoin de coordonner les services le long du couloir et d’intégrer le TGV aux réseaux de transport en commun locaux et régionaux.

À chaque séance, on a souligné que la rationalisation des services existants tels que ceux de VIA Rail, du SFER GO et de l’UP Express, exploités dans le même couloir que celui proposé pour le réseau de TGV, serait essentielle à la réussite du projet. Des intervenants ont suggéré que le MTO collabore étroitement avec les administrations municipales et le gouvernement fédéral afin de trouver un juste équilibre pour optimiser le service dans ce couloir.

Des intervenants ont également souligné le besoin de veiller à ce que le TGV ne déplace pas les services existants tels que les liaisons de VIA Rail vers des collectivités qui ne sont pas situées sur la ligne du TGV, comme Woodstock, Ingersoll, Stratford et St. Marys. On a suggéré de mettre en place une démarche systémique visant à élaborer de meilleures options de connectivité et de mobilité dans le Sud-Ouest de l’Ontario afin de veiller à ce que les services d’autocars et de trains existants puissent offrir aux passagers une correspondance avec un futur réseau de TGV. Les participants ont indiqué croire fermement qu’un investissement dans les services aux petites collectivités à court terme permettrait d’accroître le nombre d’usagers et les options de mobilité avant la mise en œuvre du TGV.

Dans un même ordre d’idée, des intervenants ont insisté sur le fait que l’intégration des stratégies locales et régionales de transport en commun était essentielle afin d’assurer la coordination des priorités en matière de transport, de sorte que les services soient offerts dans le cadre d’un réseau convivial unique. Le sujet des correspondances dites du « premier/dernier kilomètre » a été abordé de manière approfondie lors des séances de consultation. Le tableau 2.1 résume les projets locaux en cours dont il a été question pendant les séances et les projets dont le MTO devrait tenir compte dans le cadre de la coordination avec le service de TGV.

Tableau 2.1 : Projets et services abordés lors des séances de consultation du conseiller spécial

Toronto KW London Windsor
  • UP Express
  • Service ferroviaire express régional GO
  • SmartTrack
  • Transitway de Mississauga
  • TLR Hurontario-Main (Brampton)
  • Eglinton Crosstown
  • TLR Finch West
  • TLR/service d’autobus rapides (SAR) ION de Waterloo
  • Plaque tournante de transport multimodal King-Victoria
  • Réseau GO Transit
  • Projet de transport en commun rapide Shift
  • Stratégie de protection du couloir de la Ville de London
  • Activités de planification et de mise à niveau des voies ferroviaires traversant la frontière des États-Unis

Les divers projets locaux énumérés au tableau 2.1, qui en sont tous à des étapes de développement différentes, contribuent de façon positive au processus de planification du TGV et contribueront à sa réussite. Alors que Kitchener-Waterloo construit sa nouvelle plaque tournante de transport multimodal, par exemple, des consultations régulières avec la collectivité pourraient également contribuer aux plans d’intégration du TGV.

Nous avons aussi été heureux d’apprendre que certaines collectivités ont déjà commencé à faire de la planification en vue du déploiement du TGV ou qu’elles sont réceptives à l’idée d’entreprendre la planification de l’intégration du TGV. Des intervenants municipaux à London ont mentionné que leurs plans de protection du couloir sont axés sur l’avenir et que le TGV est déjà à l’étude, y compris ce à quoi pourrait ressembler une garde de TGV au centre-ville, à mesure qu’ils mettent à niveau les voies ferrées et les sauts-de-mouton existants du CN. Le conseiller spécial a également rencontré le maire de Guelph et la haute direction de la ville qui se sont dits intéressés à soutenir les efforts de planification visant à amener le TGV à Guelph.

Participation future

À toutes les séances, les participants ont mis l’accent sur la nécessité d’une participation continue des intervenants au projet. Les participants ont exprimé un intérêt particulier à discuter de l’analyse de rentabilité relative au TGV, notamment de l’échéancier de mise en œuvre, du budget et du marché cible de ce service.

Les fonctionnaires du MTO ont expliqué que le projet de TGV en est à ses premières étapes et que plus de renseignements seront publiés à mesure que progressera le processus d’évaluation environnementale. Il s’agit d’un processus officiel prévu par la loi que le gouvernement doit respecter et qui comprend des exigences relatives à la participation des Autochtones et à la consultation des intervenants et du public.

Autres considérations

Tarifs

Les participants ont insisté sur le fait qu’il faut indiquer clairement aux usagers durant les étapes techniques et de planification du projet quel sera le marché cible du TGV et ce qu’il en coûtera pour l’utiliser. Si les voyageurs d’affaires font partie des usagers ciblés, une méthode de tarification possible consisterait à offrir des tarifs progressifs comprenant une classe affaires à un prix donné ainsi que d’autres options plus abordables. On a invité le conseiller spécial à envisager d’autres méthodes de tarification, notamment des tarifs pour les étudiants et les personnes âgées, et à offrir des réductions à l’achat de séries de billets ou de laissez-passer. En Europe, par exemple, les tarifs de TGV peuvent varier considérablement selon le nombre de billets achetés à la fois ou le nombre de jours séparant l’achat et l’utilisation des billets et des réductions sont généralement offertes pour les déplacements payés à l’avance. L’intégration tarifaire avec les services d’autocars interurbains, de VIA Rail et du réseau GO Transit a été mentionnée comme étant un élément souhaitable du service de TGV.

Niveaux de service

Les participants qui ont abordé les niveaux de service avaient diverses opinions, variant souvent selon leur ville de résidence. À Kitchener-Waterloo, par exemple, de nombreux intervenants avaient le sentiment qu’un temps de déplacement plus court vers Toronto était l’un des facteurs les plus souhaités. Dans des collectivités comme London et Windsor, bien que la rapidité soit importante, l’offre d’un service prévisible et régulier l’était tout autant, particulièrement aux périodes de pointe du matin et de fin de journée.

Nouvelles technologies

Un certain nombre d’intervenants a invité le conseiller spécial et le MTO à examiner les répercussions et les implications éventuelles des nouvelles technologies sur les futurs services de transport. On a suggéré que les véhicules autonomes (VA) pourraient offrir d’excellentes possibilités de correspondance en début et en fin de parcours et permettre aux petites collectivités de se relier au service de TGV et que d’autres technologies ferroviaires méritaient un examen plus approfondi. L’Hyperloop, une nouvelle technologie actuellement mise à l’essai dans le monde entier, qui permet de transporter des gens dans des capsules à des vitesses très élevées dans des tubes pneumatiques sur un coussin d’air, a également été évoquée.

Résultats de l’analyse de rentabilité

Enfin, un certain nombre d’intervenants ont recommandé que des renseignements plus détaillés sur le projet et l’analyse de rentabilité du TGV dans le couloir soient diffusés durant les séances de consultation à venir. Ils aimeraient avoir plus de détails sur l’emplacement potentiel des gares, le calendrier ainsi que les coûts et les avantages, y compris le ratio avantages-coûts, dans la mesure du possible, afin de prendre des décisions fondées sur les données probantes en ce qui a trait au projet.

Démarche recommandée – secteurs public et privé

Dans l’ensemble, les intervenants situés dans le couloir Toronto-Windsor sont enthousiastes à l’égard des possibilités que pourrait procurer un TGV à leurs collectivités, les occasions de développement économique étant le principal domaine d’intérêt. Les intervenants croient que le TGV étendra les zones de migration de Toronto et de Kitchener-Waterloo, facilitant ainsi le navettage au travail et les déplacements d’une journée pour affaires en direction et en provenance de ces principaux centres d’emploi. Ils sont d’avis que le TGV stimulera également la création d’emplois et la croissance économique à London et à Windsor.

Les intervenants ont également indiqué qu’il sera important que la province veille à ce que les services soient intégrés et que les correspondances en début et en fin de parcours soient rendues possibles, créant ainsi un réseau de transport complet dans le Sud-Ouest de l’Ontario reposant sur le TGV. Dans la mesure du possible, il faut tenir compte des travaux en cours dans les collectivités relatifs à des projets de transport en commun, des plaques tournantes de mobilité ou d’autres investissements dans l’infrastructure et les intégrer au projet de TGV. On pourrait réaliser des investissements à court terme dans les services interurbains et les services municipaux de transport en commun, particulièrement dans les petites collectivités situées le long du couloir, afin de stimuler les options de mobilité en prévision de la mise en œuvre du TGV. Les attentes des intervenants sont élevées quant à la diffusion de plus de renseignements sur l’analyse de rentabilité au cours des futures consultations sur le TGV.

Compte tenu des commentaires reçus dans le cadre des séances de consultation qui ont eu lieu pendant le mandat du conseiller spécial, nous recommandons que la province entreprenne ce qui suit à mesure que le projet de TGV progressera :

Recommandation 1 : Intégration avec les services de transport en commun locaux

La province devrait continuer de collaborer étroitement avec les intervenants municipaux du couloir afin de cerner les possibilités d’intégrer les services de transport en commun locaux ainsi que les services existants et prévus aux futures gares de TGV et de veiller à ce que les correspondances dites du « premier/dernier kilomètre » soient rendues possibles.


Recommandation 2 : Infrastructure régionale de transport

La province devrait encourager et soutenir l’investissement dans l’infrastructure régionale de transport à court terme pour accroître les options de transport dans les petites collectivités, ce qui contribuera à augmenter le nombre d’usagers dans le couloir et à établir une démarche systémique en matière de mobilité dans le Sud-Ouest de l’Ontario.


Recommandation 3 : Partage des résultats détaillés de l’analyse de rentabilité

La province devrait partager les résultats détaillés de l’analyse de rentabilité du TGV au fur et à mesure que le projet évolue et mettre l’accent sur la collaboration, la transparence et le partage de renseignements pour faire en sorte que les collectivités situées le long du couloir soient informées du projet et y participent.


Recommandation 4 : Consultation continue des intervenants

La province devrait continuer de consulter les intervenants, y compris, sans toutefois s’y limiter, les municipalités et les propriétaires fonciers établis dans couloir, relativement à la planification, à l’élaboration et à la mise en œuvre du TGV, notamment tout au long du processus d’évaluation environnementale.

Consultation des collectivités autochtones

La zone visée par l’étude sur le service de TGV proposé compte un certain nombre de collectivités des Premières Nations et des Métis et le conseiller spécial a insisté sur la nécessité de consulter dès que possible les collectivités autochtones à l’étape de la planification du projet.

Des lettres de présentation du conseiller spécial et du projet de TGV ont été envoyées à toutes les collectivités des Premières Nations de la zone d’étude et à la Métis Nation of Ontario. Le conseiller spécial a proposé de rencontrer les chefs des collectivités pour leur fournir davantage de renseignements et discuter avec eux des intérêts et des préoccupations des collectivités.

Les objectifs des rencontres avec les collectivités autochtones étaient semblables à ceux des séances de consultation municipales, notamment :

  • donner aux collectivités un très bon aperçu du projet de TGV;
  • obtenir des commentaires sur la meilleure façon de consulter les collectivités des Premières Nations établies dans le couloir;
  • comprendre les principales difficultés et occasions que présente le TGV du point de vue des Premières Nations.

La section qui suit résume les commentaires des collectivités autochtones qui ont rencontré le conseiller spécial et (ou) des fonctionnaires du MTO.

Consultation continue des collectivités autochtones

Un thème est ressorti à chacune des rencontres avec les collectivités autochtones, soit la nécessité de consulter de façon continue et régulière, pendant toute la durée du projet de TGV, les collectivités situées dans la zone d’étude. Les chefs ont insisté sur l’importance d’établir une collaboration entre leurs collectivités et la province pour s’assurer que les points de vue et les intérêts des peuples autochtones sont intégrés de façon adéquate à chaque étape du projet.

Les collectivités ont demandé que des plans de collaboration à long terme dans le cadre du projet de TGV soient établis et élaborés en partenariat avec elles, chacune ayant ses propres besoins, intérêts et démarches privilégiées. Par exemple, la Première Nation chippewa de la Thames et celles d’Aamjiwnaang, de Walpole Island et de Kettle et Stoney Point ont indiqué qu’elles préfèrent participer en tant que groupe afin de permettre une représentation régionale unifiée. D’autres collectivités préféreront peut-être être consultées individuellement.

Toutes les collectivités ont insisté sur l’importance d’une consultation continue jusqu’à l’amorce du processus d’évaluation environnementale et tout au long de celui-ci, particulièrement au fur et à mesure qu’on aura plus de détails sur le projet.

Possibilités de développement économique et partenariats

Les collectivités qui ont rencontré le conseiller spécial et les fonctionnaires du MTO s’intéressaient aux avantages du projet sur le plan du développement économique, mentionnant l’emploi, les occasions de marché, la génération de revenus continus, les ententes commerciales et les partenariats comme étant des débouchés économiques potentiels. Elles ont souligné que le projet pourrait procurer d’énormes avantages aux collectivités et aux entreprises autochtones dans le cadre d’activités :

  • de construction;
  • d’exploitation;
  • d’entretien;
  • de services-conseils (p. ex., pour les études de faisabilité et d’évaluation environnementale).

Certaines collectivités ont recommandé à la province d’examiner les façons de s’assurer que les collectivités sont prêtes avant le début du projet afin qu’elles puissent profiter des possibilités de développement économique découlant du projet comme, par exemple, établir quelles compétences et formations spécialisées seront exigées pour les divers volets du projet (la construction, l’entretien, l’exploitation) et déterminer ce que la province peut faire pour veiller à ce que les peuples et les entreprises autochtones aient la capacité, l’expertise et les compétences requises pour tirer profit de ces possibilités.

Certaines collectivités ont également parlé du concept de partenariat avec participation au capital et du désir d’être actionnaires du projet de TGV. Il n’existe pas de modèle d’une telle entente en matière d’infrastructure ferroviaire dans la province. Toutefois, des arrangements avec participation au capital entre le secteur privé et les Premières Nations se sont révélés fructueux pour d’autres types d’infrastructure, comme les sociétés énergétiques, et des modèles de partenariat avec participation au capital pourraient être examinés pour le TGV. Les collectivités autochtones veulent par-dessus tout être traitées comme de véritables partenaires économiques au fur et à mesure que le projet de TGV progresse.

Protection de l’environnement et respect des terres culturellement sensibles

La protection de l’environnement naturel et le respect des terres culturellement sensibles doivent être prioritaires tout au long de la mise en œuvre du TGV. De façon générale, en supposant que le service de TGV serait électrifié, les collectivités étaient d’avis que le projet serait positif pour l’environnement, surtout parce qu’il réduirait les émissions de gaz à effet de serre (GES) en retirant des voitures de la circulation. Cependant, elles ont soulevé un certain nombre de questions importantes relativement au couloir du TGV, y compris, sans toutefois s’y limiter, des préoccupations à l’égard des points suivants :

  • la protection de la faune, dont l’installation de passages fauniques inférieurs ou supérieurs dans le couloir du TGV;
  • la minimisation des répercussions des couloirs ferroviaires sur l’environnement, comme la disparition de la prairie carolinienne et de terres boisées ou la prolifération d’espèces envahissantes comme les phragmites, une espèce de graminées envahissante qui empiète sur la végétation indigène et peut se propager le long des couloirs de transport;
  • les risques de contamination et de lessivage du sol que posent les matériaux de construction;
  • les répercussions du bruit et des vibrations que cause le passage rapide et fréquent des trains;
  • la protection des réseaux hydrographiques comme la rivière Grand, le bassin hydrographique de la rivière Thames, etc.

Les collectivités ont incité la province à reconnaître que les peuples autochtones sont des spécialistes de l’environnement et qu’ils possèdent de vastes connaissances et une compréhension approfondie des espèces de plantes et d’animaux de la région. La province pourrait retenir leurs services pour soutenir le processus d’évaluation relatif à la surveillance environnementale ou pour offrir des connaissances traditionnelles.

Dans le cadre de projets de construction provinciaux et en fonction de chaque cas, il arrive souvent que la province et les collectivités autochtones retiennent les services de surveillants sur le terrain pour des raisons environnementales ou archéologiques lorsque cela s’avère nécessaire. Par exemple, après que le projet de l’autoroute 407 Est a permis de mettre à jour des milliers d’artefacts provenant d’un ancien établissement de la Nation Huronne Wendat, des surveillants autochtones sur le terrain se sont rendus sur le site pour y effectuer des inspections, comme le montre la figure 2.1.

Figure 2.1 : Surveillants autochtones sur un site archéologique dans le couloir de l’autoroute 407 Est

Source : Ministère des Transports

La préoccupation majeure des collectivités est la protection des terres utilisées à des fins culturelles, notamment pour des cérémonies ou la cueillette de plantes médicinales, ainsi que les répercussions potentielles sur des ressources archéologiques comme les établissements traditionnels des Premières Nations et les lieux de sépulture; cette préoccupation doit être prise en compte au moment de planifier toute nouvelle infrastructure pour le TGV, y compris les voies ou les nouvelles gares.

Éducation et sensibilisation

Les collectivités ont considéré le projet de TGV comme étant une excellente occasion de favoriser la sensibilisation à la culture, à l’histoire et aux traditions autochtones et de les faire connaître dans le Sud-Ouest de l’Ontario, ainsi qu’un moyen de renforcer la confiance et la compréhension et de sensibiliser la population ontarienne et tous les usagers du TGV à l’égard de l’histoire des Premières Nations et des Métis. On a suggéré que les collectivités autochtones pourraient communiquer directement avec la population de plusieurs façons tout au long du projet, y compris pendant le processus d’évaluation environnementale, afin de la sensibiliser davantage à leurs cultures, à leur histoire et à leurs territoires traditionnels.

Des participants ont proposé que, si le projet de TGV se réalise, la province pourrait retenir les services d’artistes et d’historiens autochtones pour concevoir des installations artistiques et culturelles dans les gares du TGV. Cette initiative a connu un grand succès dans le cadre d’autres projets du MTO. La Promenade Rt. Hon. Herb Gray, par exemple, présente une œuvre réalisée par des artistes autochtones (voir la figure 2.2) et le sentier de randonnée pédestre parallèle à la route comporte des plaques didactiques qui présentent l’histoire et les traditions autochtones que les randonneurs peuvent lire ou avec lesquelles ils peuvent interagir. À titre de deuxième exemple, les artefacts provenant de l’ancien établissement de la Nation Huronne Wendat sur le site de l’autoroute 407 Est susmentionné ont été exposés dans le cadre de Portes ouvertes de Whitby en 2014 (voir la figure 2.3).

Figure 2.2 : Sculpture d’une tortue réalisée par l’artiste de la Première Nation de Walpole Island, Teresa Altiman, exposée sur la Promenade Rt. Hon. Herb Gray

Sculpture d’une tortue en acier supportant une grosse roche sur sa carapace

Source : Ministère des Transports

Figure 2.3 : Artefacts autochtones en pierre et en os découverts sur le site de l’autoroute 407 Est

Exemple d’artefacts autochtones en pierre découverts sur le site de l’autoroute 407 Est Exemple d’artefacts autochtones en os découverts sur le site de l’autoroute 407 Est

Source : Ministère des Transports

Financement de la capacité

Des participants ont soulevé le manque de capacité comme étant un obstacle possible à la réussite de la consultation au sujet du projet de TGV, soulignant que de nombreuses collectivités autochtones ne possèdent pas les ressources humaines, la capacité financière ou l’expertise technique nécessaires pour participer de façon significative aux processus de consultation que mène le gouvernement. Des collectivités situées dans la zone visée par l’étude du TGV ont mentionné que la province doit assurer le financement de la capacité afin de faciliter leur participation significative au projet de TGV. Les collectivités demandent souvent ce type de financement pour pouvoir embaucher leurs propres experts techniques afin qu’ils examinent les données du projet, comme les études d’évaluation environnementale ou les rapports techniques. De plus, étant donné que bon nombre de ces collectivités sont petites, elles peuvent également avoir besoin de financement sur le plan de la capacité pour embaucher du personnel administratif afin qu’il traite les centaines de demandes qu’elles reçoivent chaque année du gouvernement sollicitant des commentaires sur diverses politiques et initiatives ou différents projets.

Démarche recommandée – consultation des Autochtones

De manière générale, le projet de TGV est considéré comme étant une occasion positive pouvant offrir des avantages sur le plan du développement économique et de l’environnement. Les collectivités autochtones souhaitent toutefois s’assurer qu’elles bénéficieront d’avantages réels et qu’elles profiteront de la prospérité.

Compte tenu des questions importantes que les collectivités autochtones ont soulevées au cours de cette première consultation, on conseille à la province d’adopter les recommandations ci-dessous au fur et à mesure que le projet de TGV progressera.

Recommandation 5 : Consultation continue des collectivités autochtones

La province devrait continuer de consulter les collectivités autochtones concernant la planification, l’élaboration et la mise en œuvre du projet de TGV, tout au long notamment du processus d’évaluation environnementale, et de collaborer avec les collectivités pour établir les méthodes de consultation privilégiées.


Recommandation 6 : Occasions offertes aux collectivités autochtones – Avantages économiques

La province devrait prendre en considération les occasions offertes aux collectivités autochtones de bénéficier des avantages économiques associés au TGV, notamment la création de débouchés en matière d’approvisionnement et d’autres ententes de partenariat économique.


Recommandation 7 : Protection de l’environnement et des terres d’intérêt culturel et archéologique

La province devrait s’engager à protéger l’environnement naturel, les terres culturellement sensibles et les sites archéologiques dans l’ensemble du couloir Toronto-Windsor et reconnaître que les collectivités autochtones sont des spécialistes en la matière.


Recommandation 8 : Mise en valeur des arts et de la culture autochtones

La province devrait offrir des occasions de mettre en valeur la culture, l’histoire et les traditions des Autochtones pendant toute la durée du projet de TGV, en présentant notamment les arts et la culture autochtones dans les futures gares de TGV, et envisager la possibilité d’attribuer des noms traditionnels autochtones à l’infrastructure du TGV.


Recommandation 9 : Financement de la capacité des Autochtones

La province devrait songer à assurer le financement de la capacité des collectivités autochtones de la zone d’étude afin de faciliter leur participation au projet de TGV.

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